Le 21 décembre 07, partie 6

Le 21 décembre 07, partie 6
AUTANT EN EMPORTE LE FROID

Toutes ces aventures firent surgir en chacun de nous une fatigue qui pénétra lentement nos corps, sans rechigner à sa tâche, elle nous obligea bientôt à clore nos yeux. La cabane était configurée de telle façon qu'un radiateur et un réchaud augmentait la température pour qu'il y fut vivable, malheureusement la dernière bûche brûla lors même que tout le monde se chauffait pieds et mains sur celle-ci. Il ne restait donc plus que le modeste radiateur comme outil de chauffage pour les quelques survivants de cette longue soirée (dois-je l'appeler "nuit"?). Nous étions au nombre de six, les téméraires s'appelaient Joanie, Diane, Annie, Kévin, Steve et moi. Le reste de la classe avait abandonné le navire pour plusieurs raisons : que ce fut un trop plein d'émotion, je pense à Thibaut ; une grande fatigue, Thérèse ; une envie insurmontable de quitter cette fumée et de tomber dans un profond sommeil, Amélie et Nawej ; ou même un trop plein d'alcool et de cigares (on s'en serait douté), ici ce sont Steven, Sophie et surtout Alexis qui sont à citer. Les vaillants noceurs décidèrent inconsciemment de terminer la veillée, bien que certains continuèrent à boire des verres qui n'étaient destiné qu'à être renversés.

Dans cette atmosphère glaciale, car privée de chauffage, la frileuse cabane ne pouvait résister aux attaques du froid de l'hiver. On allongea les sacs de couchage pour en faire, non pas des couvertures, mais des matelas, car le sol était on ne peut plus sale. Et force est d'admettre que nous avions froid, même plus. L'air gelé transperçait nos poumons, pénétrait dans les bronches et tuaient quelques cellules ; à chaque instant, dans un même élan, nous frissonnions. Chacun des combattants avait sa méthode pour tenter, bien que cela sortît du domaine du possible, de lutter contre le refroidissement de la cabane. Certains s'accrochèrent en grappe, une autre profita du radiateur et en fit son meilleur ami. La chaleur des corps batailla ferme contre son ennemi numéro un : l'hiver. Malheureusement le combat était perdu d'avance et il fallut pour tous les survivants s'accrocher à une autre force capable de résister au froid. Ce lien si fort qui unissait notre classe sortit de son concept abstrait et entra en action ; comme deux amis soldats qui se sauvent sur le champ de bataille à en risquer leur propre vie, nous nous chauffions mutuellement, quitte à en perdre les doigts. Ainsi s'achevait notre folle nuit : à six dans une cabane polaire, à essayer de se chauffer mutuellement grâce à a flamme de notre amitié.

Nous avions dormi une centaine de minutes, lorsque nous décidâmes, instinctivement, de rentrer chez Thérèse et ses naufragés afin de profiter d'un matelas et d'un duvet bien chaud. Jamais nous ne vîmes la classe 207 courir si vite, la notion seule de chaleur motivait nos jambes. Car il s'agissait non d'une décision réfléchie mais bien d'un comportement instinctif, nous courûmes. Le chemin, la porte, puis la paillasse et sa couverture défilèrent dans nos yeux si vite que nous dormions déjà pour s'apercevoir de cette vitesse. A nouveau, le repos ne dura pas très long, mais qu'il fut bénéfique à nos organisme. Au réveil, nous pouvions repenser à cette formidable mélodie que chante une fête de classe orchestrée par l'amitié.

L'histoire est terminée, il ne reste que l'Epilogue
# Posté le dimanche 15 juin 2008 17:44
Modifié le mardi 17 juin 2008 12:38

Le 21 décembre 07, partie 5

Le 21 décembre 07, partie 5
ROULADES ET VERRES RENVERSES

L'émotion tenta d'inhiber notre halent pour faire la fête, mais certainement ne le réussit-elle pas. Elle ne sut que freiner une ardeur bien trop festive pour l'empêcher d'accomplir son destin : la noce. Comme un train sur ses rails, malgré tous les événements qui surgissaient de nos fors intérieurs, nous devions faire ce que l'instinct nous dictait : boire. Peut-être certaines filles voulurent-elles contenter un brin trop leur destin et frôlèrent de trop près l'ivresse qu'elles y tombèrent sans pouvoir faire signe de résistance. Ainsi Joanie, dont la tête devint si lourde qu'elle ne pût s'empêcher de la coller à la table, faisait les frais de la fontaine de Martigny dont elle abusait pour la première fois. Je la forçai, non sans peine, à se lever et à marcher un peu dehors, me disant que l'air froid de la nuit réveillerait en elle ses aptitudes premières : marcher, parler, bouger. Nous regardions tranquillement les étoiles et je sentais la fièvre de la victoire sur l'alcool montait en moi quand il brisa violemment toutes mes espérances. Joanie me dit, au moment où le silence le plus profond allait s'installer : "Je veux faire une roulade!" Certainement que la rotation incessante du paysage autour de ses yeux n'y était pas innocente, mais tout de même, quelle idée saugrenue!

Et elle réalisa innocemment sa soudaine envie : elle roula. Ce geste fut si simple, si beau, si inutile qu'elle l'adopta et continua de tourner ; elle fit une roulade d'abord en descente, mais le plaisir n'était pas encore à l'extase et elle ne vit qu'un seul moyen d'atteindre l'orgasme : faire une roulade à la montée! Là était la solution à tous ses problèmes, l'idée révélatrice d'un bien-être certain tenait dans cette phrase : "Je veux faire une roulade à la montée", subtile nuance qui lui permettait ainsi de gravir l'échelon supérieur de la jouissance. Désormais, elle savait, elle avait tout compris. Malheureusement cette suprême joie n'avait d'égale que sa fugacité. L'addition de ses propres rotations et celles de son esprit, par trop amoureux de l'ivresse, plongea (trop?) vite Joanie dans une sorte d'état comateux qui ne lui permettait que de s'appuyer, de se vautrer même, sur la table. Elle en profita d'ailleurs pour renverser deux fois les deux verres que je m'étais par deux fois reversés, heureusement pour moi, ses soudains mouvements de bras inondèrent deux fois ses pantalons, et non les miens.

De ce longue épisode je ne retiens qu'une chose : poser son verre près d'une personne plongée dans un demi coma du fait de l'ivresse conduit forcément vers la bouteille afin de se resservir.

Prochain et dernier épisode Autant en emporte le froid

# Posté le jeudi 03 avril 2008 17:58
Modifié le mardi 17 juin 2008 12:41

Le 21 décembre 07, partie 4

Le 21 décembre 07, partie 4
LE CHAMPAGNE PLEURE

Annie monopolisait donc la scène du spectacle, mais elle n'était pas la seule à agir bizarrement, à faire rire les autres. Parmi les spectateurs, une bouteille, même plusieurs, passaient de main en main, et le théâtre, à l'opposé de Bérénice, ne nous faisait pas s'assoupir sur les sièges. En effet, une épaisse fumée de cigares envahissait le chalet et bientôt plusieurs nez se plaignirent de la pollution que quelques uns trouvaient néanmoins très à leur goût. Et toujours les rires inondaient la pièce qui ne chaufferait bientôt plus que nos rêves. La soirée en avançant déclarait aux buveurs très illustres les premiers maux de ventre, Alexis fut le premier à en faire les frais, alors que Amélie et Nawej refusaient de goûter au breuvage. Le Nain enfin arrivait, rentrant de son match de hockey, et voyait défiler devant ses yeux de joyeuses mirettes, des drôles de voix et mon passage dans ma dix-huitième année. En effet, à minuit, j'eus 17 ans!

Criant, aboyant, j'essayai d'ameuter rapidement les troupes qui étaient dispersées au quatre coins de l'immense domaine. Les montres s'apprêtaient à afficher 00:00:00 et nous préparions gentiment les deux bouteilles de champagne prévu à cet effet. Alors que nous ne pouvions entendre les cloches de l'église de Courgenay (trop lointaines) une multitude de "joyeux anniversaire" me furent destinés et me firent extrêmement plaisir. Les bises et les poignées de main chaleureusement échangées, Thibaut entama un brouillon discours qui affecta une bonne partie des élèves, notamment Diane, qui réalisait malheureusement qu'elle quitterait la classe quelques semaines plus tard. Ce fut pour elle une dure révélation et elle se mit à exprimer son désarroi par des larmes qu'elle tenta vainement de retenir. Mais la pluie de pleurs ne faisait que commencer puisque Joanie pleura le futur départ de Diane, Thibaut qui se remettait difficilement d'une déception amoureuse et Annie, plus tard, tourmenté par ses déboires alcooliques et téléphoniques... En clair, l'émotion baigna le chalet entier de ses incessantes et terribles vagues.

A bientôt pour le prochain épisode Roulades et verres renversés

# Posté le vendredi 21 mars 2008 13:06
Modifié le dimanche 15 juin 2008 12:09

Le 21 décembre 07, partie 3

Le 21 décembre 07, partie 3

LE SHOW SURMULOT

Annie n'en était pas à sa dernière frasque ce soir là, le show ne faisait que commencer et il allait durer longtemps... La première que je vais ici conter est assez drôle lorsqu'on s'imagine la scène avec un Surmulot joyeux car un peu (beaucoup?) ivre. Nous rentrions donc des latrines, elle s'appuyant sur tout ce qu'elle trouvait pour rester debout, trébuchant sur le moindre flocon plus haut que l'autre, je l'informai d'une présence qui eût pu être dérangeante pour l'odeur de son pied si elle n'y avait pris garde (que de sous-entendus pour ne pas être vulgaire!). Je la retins par le bras et lui dis :
- Fais attention! Il y a une merde!
- Merde! J'ai failli marché dans une merde, répliqua Annie. Se rendant compte de la double présence du mot "merde" dans son intervention inutile, elle entama le fou rire d'une fille ivre et poursuivit son amusement pendant, disons, bien dix minutes. Je ne pus m'empêcher de rire à mon tour. A ma décharge, le rire d'un Surmulot est rare et assez, comment dire, pissant!

Et le spectacle allait se clore sur un magnifique tombé de rideau, plein de suspens, exhaltant, digne d'un rebondissement à la Agatha Christie. Quelques minutes après ma courte mais charmante discussion avec Julien, Annie reprit le flambeau, ou plutôt le téléphone, et continua d'échanger des mots doux avec son prince charmant. N'ayant plus de nouvelles pendant un certain temps du petit rongeur, nous ne nous inquiétâmes pourtant pas de son absence. Puis alors que trois ou quatre confrères faisaient une ronde dehors, nous vîmes une masse inerte, au loin, plongée dans la neige. Voyant défilé devant nos yeux les degrés d'alcool des bouteilles rapidement consommées, s'attendant à voir se matérialiser les craintes que nous avions, nous courûmes plus vite que jamais, les quelques mètres qui nous séparaient de la masse semblaient toujours s'accroître au fur et à mesure que nous avancions. Enfin nous parvenions à quelques centimètres du tas noir au milieu de la neige, le soulevâmes d'une main ferme et vigoureuse. Au moment précis où nous attendions une lourde chute de l'animal que nous eussions dû empêcher, une voix retentit, brisant le froid glacial qui glissait dans nos oreilles :
- Mais qu'est-ce que vous faites? Qu'est-ce qui se passe? J'étais juste au téléphone. Mais bien sûr que non, j'avais pas froid! lâcha Annie qui achevait ainsi notre effroyable course. Nous l'obligeâmes à rentrer dans le chalet. Elle reconnut, et encore, sous la torture, qu'elle avait les pieds gelés. Avec la délicatesse d'une jeune maman, nous lui enlevâmes précautionneusement ses chaussettes afin qu'elle pût les réchauffer près du feu.

A bientôt avec Le champagne pleure



# Posté le mercredi 12 mars 2008 17:00
Modifié le lundi 17 mars 2008 14:16

Le 21 décembre 07, partie 2

Le 21 décembre 07, partie 2
Peaux du ventre bien tendues, estomacs trop remplies, nous pouvions entamer le déchirement des papiers cadeaux. Nous trépignions d'impatience depuis le début de la semaine, chacun menait son enquête afin de savoir qui offrait quoi à qui, nous étions devenus de véritables Sherlock Holmes et nous allions enfin savoir si nos indices nous avait mené à la bonne conclusion, si nous avions pu trouver les "coupables"! Le premier s'ouvrit donc dans cette atmosphère étouffante d'impatience, les papiers se déchirèrent : du gel pour Steven, des ciseaux pour Alexis, des coquins pour moi, une foufoune de rechange (ne clignez pas des yeux, vous avez bien lu) pour Joanie, une capote remplie par les puissantes testicules de Steve pour Thibaut, et le matin, une T-Eyer pour Eyer, et surtout, des fous rires pour tout le monde et une belle demonstration humoristique de notre amitié.

Une fois les pâtes longuement cuisinées et les cadeaux ouverts bien digérés, la fête reprenait son cours, alimentant nos esprits de dizaines d'anecdotes. Les bouteilles d'alcool forts s'ouvraient maintenant après que nous eûmes terminé les quelques bouteilles de vin ouvertes. L'ivresse pouvait enfin prendre le contrôle de la situation et nous offrir son lot de scènes cocasses, il réussissait aussi à remplir les petites vessies des petites (par la taille) personnes. En effet, parmi ses incessants va-et-vient vers les arbres, Annie, son téléphone à la main, me rencontra un peu par hasard et me dit : "Tu réponds si Julien appelle, je dois aller aux toilettes" et s'en alla satisfaire un petit besoin naturel, je n'eus même pas le temps de dire non. Et Julien appela... "Ouais salut, euh c'est Antoine... Annie est aux toilettes et m'a demandé de répondre... pi euh... et..." Enfin bref, j'étais bien mal à l'aise!

L'histoire se poursuit avec le prochain épisode : Le show surmulot
A bientôt



# Posté le dimanche 09 mars 2008 14:04